Des moments difficiles
Le rêve, le calme, la detente et le charme.
En lisant certains récits de voyage, on peut parfois avoir l'impression que la rupture avec le quotidien rime avec volupté sans fin et absence de contrainte, délices pompeux du temps qui passe innocemment et autres fadasseries, qui ne rendent pas grace à la vraie nature des départs.
Ce n'est pourtant essentiellement que parce que l'on vit intensément les difficultés et que l'on se frotte aux obstacles que sont les éléments naturels et humains, que les joies éprouvées pour les choses simples paraissent absolues. A grande échelle, ce monde idolâtre les vainqueurs, les rois de la compétition et tourne la tête à ceux qui flanchent et qui ont peur. Pourtant la souffrance, l'abandon et la crainte font partie du jeu, alors évoquons quelques épisodes d'infortune plus ou moins grande pour le sujet qui nous concerne, afin d'offrir une alternative à ceux qui disent: "voyager pendant une année, c'est si facile !".
En lisant certains récits de voyage, on peut parfois avoir l'impression que la rupture avec le quotidien rime avec volupté sans fin et absence de contrainte, délices pompeux du temps qui passe innocemment et autres fadasseries, qui ne rendent pas grace à la vraie nature des départs.
Ce n'est pourtant essentiellement que parce que l'on vit intensément les difficultés et que l'on se frotte aux obstacles que sont les éléments naturels et humains, que les joies éprouvées pour les choses simples paraissent absolues. A grande échelle, ce monde idolâtre les vainqueurs, les rois de la compétition et tourne la tête à ceux qui flanchent et qui ont peur. Pourtant la souffrance, l'abandon et la crainte font partie du jeu, alors évoquons quelques épisodes d'infortune plus ou moins grande pour le sujet qui nous concerne, afin d'offrir une alternative à ceux qui disent: "voyager pendant une année, c'est si facile !".
Un accident c'est jamais marrant:
L’homme gît sur la route, nous vivons un cauchemar éveillé.
Le Jeudi 5 juin 2003, alors que nous sommes sur la route menant à Berhamkale et pédalons depuis trois jours dans la campagne turque, l’événement dramatique vient interrompre brusquement le fil de nos pensées déjà mornes depuis quelques temps.
Ce que nous découvrons de la Turquie jusqu’ici nous déçoit un peu mais la situation à laquelle nous voilà confrontés subitement nous laisse à cet instant dans un état d’hébétude parfait.
La casquette d’un blanc immaculé, que le pompiste d’une station essence où nous venons de prendre une boisson cinq minutes plus tôt a si gentiment offert à Rachel, est désormais rouge du sang d’un homme que nous venons de voir se faire percuter par un camion déchaîné.
Dans les nuits qui ont suivit ce douloureux moment, j’ai revu la scène de nombreuses fois : nous roulons tranquillement sous un ciel terne et incolore, un peu déboussolés par un pays à propos duquel nous ne savons que penser, quand se mettent en place les rouages d’un accident auquel nous allons assister et dans une certaine mesure participer.
Au beau milieu d’une route aussi large que plane et rectiligne, se trouve un carrefour avec sur le côté droit un stop vers lequel se dirige un homme sur un cyclomoteur poussif. Celui ci jauge la distance qui le sépare du panneau, puis nous regarde pour s’assurer qu’il peut passer sans avoir à s’arrêter. Il fixe notre curieux paquetage, se demandant peut être si tant de volumineuses protubérances sur de frêles montures ne cachent pas un quelconque moyen de propulsion mécanique.
Malheureusement, l’homme prend son virage très largement vers la droite à ce moment, la tête encore tournée vers nous et se retrouve sur la chaussée opposée avant même d’avoir pu apercevoir le camion qui arrive à toute allure dans l’autre sens. Le choc est terrible et notre vue se brouille alors que le crâne de l’homme (sans casque) rebondit comme une pastèque que l’on lance contre un mur, sur le capot du camion, qu’un jet de sang mêlé de débris de verre nous arrose tous les deux et qu’un bruit interminable de tôles et de moteurs fracassés déchire l’atmosphère pour finir dans un silence effrayant. Pas un cri n’est poussé, c’est la stupeur pour nous comme pour le chauffeur du camion qui s’arrête une centaine de mètres plus loin et n’ose descendre de son camion.
Je revois tout cela dans mes cauchemars mais aussi la suite, la route déserte bordée de champs d’où surgit une foule de travailleurs agricoles à qui nous essayons non sans mal, d’expliquer le déroulement du drame. Nous parvenons à faire comprendre la situation à un vieil homme qui s’exprime dans un allemand aussi approximatif que le mien, ce qui a pour effet de calmer un peu les curieux qui nous entourent maintenant. Sur la route arrive à ce moment un convoi militaire qui sans hésitation et sans grand ménagement emporte le corps inanimé du pauvre homme, puis un véhicule de police que nous suivons jusqu’au poste du village poussiéreux d’Ezine.
En posant le vélo contre le mur du bâtiment officiel, une seule question me vient à l’esprit : que diable faisons nous ici ?
Le Jeudi 5 juin 2003, alors que nous sommes sur la route menant à Berhamkale et pédalons depuis trois jours dans la campagne turque, l’événement dramatique vient interrompre brusquement le fil de nos pensées déjà mornes depuis quelques temps.
Ce que nous découvrons de la Turquie jusqu’ici nous déçoit un peu mais la situation à laquelle nous voilà confrontés subitement nous laisse à cet instant dans un état d’hébétude parfait.
La casquette d’un blanc immaculé, que le pompiste d’une station essence où nous venons de prendre une boisson cinq minutes plus tôt a si gentiment offert à Rachel, est désormais rouge du sang d’un homme que nous venons de voir se faire percuter par un camion déchaîné.
Dans les nuits qui ont suivit ce douloureux moment, j’ai revu la scène de nombreuses fois : nous roulons tranquillement sous un ciel terne et incolore, un peu déboussolés par un pays à propos duquel nous ne savons que penser, quand se mettent en place les rouages d’un accident auquel nous allons assister et dans une certaine mesure participer.
Au beau milieu d’une route aussi large que plane et rectiligne, se trouve un carrefour avec sur le côté droit un stop vers lequel se dirige un homme sur un cyclomoteur poussif. Celui ci jauge la distance qui le sépare du panneau, puis nous regarde pour s’assurer qu’il peut passer sans avoir à s’arrêter. Il fixe notre curieux paquetage, se demandant peut être si tant de volumineuses protubérances sur de frêles montures ne cachent pas un quelconque moyen de propulsion mécanique.
Malheureusement, l’homme prend son virage très largement vers la droite à ce moment, la tête encore tournée vers nous et se retrouve sur la chaussée opposée avant même d’avoir pu apercevoir le camion qui arrive à toute allure dans l’autre sens. Le choc est terrible et notre vue se brouille alors que le crâne de l’homme (sans casque) rebondit comme une pastèque que l’on lance contre un mur, sur le capot du camion, qu’un jet de sang mêlé de débris de verre nous arrose tous les deux et qu’un bruit interminable de tôles et de moteurs fracassés déchire l’atmosphère pour finir dans un silence effrayant. Pas un cri n’est poussé, c’est la stupeur pour nous comme pour le chauffeur du camion qui s’arrête une centaine de mètres plus loin et n’ose descendre de son camion.
Je revois tout cela dans mes cauchemars mais aussi la suite, la route déserte bordée de champs d’où surgit une foule de travailleurs agricoles à qui nous essayons non sans mal, d’expliquer le déroulement du drame. Nous parvenons à faire comprendre la situation à un vieil homme qui s’exprime dans un allemand aussi approximatif que le mien, ce qui a pour effet de calmer un peu les curieux qui nous entourent maintenant. Sur la route arrive à ce moment un convoi militaire qui sans hésitation et sans grand ménagement emporte le corps inanimé du pauvre homme, puis un véhicule de police que nous suivons jusqu’au poste du village poussiéreux d’Ezine.
En posant le vélo contre le mur du bâtiment officiel, une seule question me vient à l’esprit : que diable faisons nous ici ?
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